Le tout premier album de Serge Forté, des compositions originales, un titre de Loïc Pontieux, et un duo de pianos avec Michel Petrucciani, sur son titre "O Nana Oyé".
Nous voici en présence d’un pianiste que l’on se doit d’admettre d’emblée dans la famille des francs-tireurs hexagonaux.
Serge Forté passe avec une belle réussite l’épreuve délicate du premier disque. Pour ce faire, il lui a fallu mordre la terre des écoles classiques, de la variété, de la pratique de la batterie, pour enfin découvrir sur le tard la musique improvisée (déclic et révélation avec une oreille tournée vers Oscar Peterson et Keith Jarrett). Pourtant, à l’écoute de « Vaïna », l’évidente (et flatteuse) sempiternelle comparaison se tourne davantage vers un Michel Camilo.
Pourquoi ? Par la simple combinaison d’une dextérité mise au service d’un touché délicat, le tout sous fortes influences latines. Ajoutons le mode utilisé : le trio.
Mais Serge Forté se distingue du précité quand se subsitue à la surenchère technique une fraicheur et un rapport nombre de notes/seconde parfaitement dosé. Le pianiste a, certes, approfondi l’étude conventionnelle de l’instrument et du jazz, mais il s’en démarque par la voie plus hasardeuse de la composition.
Une entrée en matière, sans dentelles ; un disque chaud et fluide. Bravo !
Frédéric Soupa
L’événement en France : un jeune pianiste inconnu hier encore invite Michel Petrucciani sur un titre de son premier album et celui-ci accepte alors qu’il avait toujours refusé à ce jour de figurer sur les disques des autres.
A l’écoute des morceaux, on comprend l’enthousiasme de Petrucciani, car Serge est un mélange de Camilo pour les rythmes, et de Corea et Jarrett pour l’harmonie. Très fort. Quand les Caraïbes deviennent sophistication...
Il est aidé en cela par l’excellent Loïc Ponthieux que vous avez la possibilité d’entendre avec Didier Lockwood. Fermez les yeux, vous pensez à Weckl d’une façon troublante ! Sa composition est une agréable ballade, tellement rare chez les batteurs !
Philippe Chayeb colle bien avec lui mais s’avère un piètre soliste sauf en slap. Thierry Mineau et Etienne Brachet forment une rythmique plus légère pour le superbe Root Of Love.
Un grand musicien vient de se présenter à vous, son premier disque, je le répète, est un monument à la gloire du trio piano basse batterie, et doit figurer dans votre discothèque impérativement.
Olivier Cauvin
Ce type-là va vous casser la baraque comme on risque de ne pas voir ça avant longtemps.
Inconnu il y a 1 an, Serge Forté a commencé à écumer les clubs parisiens et est rapidement devenu l’attraction clé de certains d’entre eux. Un des points culminants de cette époque est sans conteste un certain soir de juillet 89 au cours duquel il jamme avec Dave Weckl, John Patitucci et Bireli Lagrene. Il stupéfie tout le monde.
On comprend l’étonnement et la claque qu’ont pris les musiciens de Corea : Serge est une synthèse de Chick, Camilo et Keith Jarrett. Il a ici un peu délaissé le côté bebop de sa personnalité pour se concentrer sur les rythmiques caraïbes : contre-temps, syncopes, polyrythmies, indépendance des mains, tout y est, écoutez « Vaïna », « B.B. Bémol » et « Simba Samba ».
Le grand évènement de cet album tient aussi dans la présence de Michel Petrucciani pour un duo. Signalons que c’est la première fois de sa carrière que Michel accepte de jouer sur le disque d’un autre musicien. Autre invité, le bassiste Thierry Mineau sur un titre aussi.
Disons franchement que cet album est le premier pas d’un musicien d’exception, et je pèse mes mots.
Saluons l’apparition de Serge Forté chez les très grands d’aujourd’hui.
Olivier Cauvin
© Ella Productions, 2005-2006-2007