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Le géant du piano

Légende du Jazz

Pianiste Canadien né le 15 Août 1925 à Montréal, décédé à Mississauga (Ontario) le 23 décembre 2007.

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Oscar Peterson est pour moi le dernier des géants du piano, le gardien de cette flamme éternelle commencée vers 1857 par ce jeune esclave noir aveugle de 7 ans, Thomas Bethune dit Blind Tom, exhibé dans toute la Géorgie par son maître. Il y a là déjà toute une symbolique qui allait faire du Jazz un moyen de révolte et d’expression de toute la communauté noire et qui a des répercussions jusqu’à aujourd’hui avec le label Motown ou les revendications du rap par exemple.

Oscar donc, ainsi que tous ses confrères, ne furent pas plus privilégiés que les autres du fait de leur statut " d’artistes " et ce, pendant de nombreuses années : hôtels miteux réservés aux musiciens noirs alors que leurs collègues blancs étaient logés dans de superbes palaces, insultes journalières voire menaces physiques étaient le lot quotidien.
Ne disait-on pas à l’époque dans la communauté noire que le Be Bop n’était autre que le son que faisait les matraques des policiers blancs quand elles s’écrasaient sur la tête des musiciens noirs ? Hors interview, Oscar Peterson m’a raconté qu’un jour, descendant d’un avion avec Ella Fitzgerald, Norman Granz et Ray Brown, ils furent accostés par un gros flic, avec un gros pistolet qui a commencé à injurier Norman Granz parce qu’il montait dans le même taxi que des sales nègres, menaçant même de le tuer s’il continuait !!!
Heureusement pour l’histoire de la Musique, ce gros porc n’eut pas l’audace de mettre ses menaces à exécution. Une autre fois, juste après la guerre de 39/45, Oscar et Ella étaient à Paris et prenaient tranquillement un verre dans un bar quand ils se firent apostropher par toute une bande de marins américains qui commencèrent à les insulter violemment sous prétexte qu’ils se trouvaient en présence de blancs... Et là, à leur grande surprise, tous les autres consommateurs blancs du bar vinrent se mettre à côté d’eux devant des marins qui quittèrent les lieux totalement dégouttés.

Si je me suis permis ce petit préambule, c’est qu’il faut être conscient de tout cela quand on écoute Oscar Peterson. Il n’a jamais dévié sa route, n’a jamais tourné le dos au Blues même quand le Jazz était en perte de vitesse et que d’autres musiques plus alléchantes (et certainement plus lucratives) attiraient de nombreux musiciens. D’où ses critiques un peu acérées envers certains ! (cf.. interview plus bas).

J’ai commencé à réellement étudier l’art d’Oscar Peterson lorsque je me suis rendu compte lors du stage que j’ai fait en 1987 que je n’étais pas capable de jouer un blues traditionnel !!! Nous étions en atelier avec John Abercrombie et lorsqu’il me demanda d’attaquer un blues, je jouais immédiatement des accords complexes un peu à la Chick Corea que j’aimais beaucoup à l’époque. Il me reprit tout de suite en me demandant de jouer dans le style Louisiane ce qu’il me fût tout à fait impossible de faire. A la suite de cette expérience malheureuse, mais ô combien profitable j’entrais de plain pied dans le monde d’Oscar Peterson ! Je peux dire aujourd’hui que je suis très reconnaissant envers John Abercrombie de m’avoir ainsi ouvert les yeux, car cette musique est rayonnante de gaieté, de swing, et très formatrice question technique du piano ! D’ailleurs il n’est pas rare que pour me chauffer les doigts je rejoue un ou deux solos d’Oscar et je peux vous dire que cela dérouille vite !!!

Aujourd’hui je suis fier de lui avoir consacré deux disques (« Hommage à Oscar », enregistré en public en juin 96, épuisé, mais qui ressort au Japon en février mars, et j’espère très vite en France aussi, et « Thanks for all », enregistré à NY en novembre 97) et surtout d’avoir pu le rencontrer et de l’interroger.

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