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Progrès de Lyon, Zicline, A Nous Paris : Thanks for All [fr]

Le Progrès de Lyon

13/02/2004 F.Bruckert

Piano Forté

Il y a une dizaine d’années, bien avant que la tendance gagne le microcosme des jazzmen hexagonaux, le pianiste Serge Forté a enregistré "La Vie en Bleu" , un album constitué de standards revisités de la chanson française. Avec cet art de l’improvisation et de la syncope initié par Oscar Peterson et Martial Solal, Serge Forté a donné les couleurs expressives du Jazz aux chefs d’oeuvres de Brel, Brassens, Trenet, Gainsbourg et Salvador, sans en altérer le charme. Pour ce pianiste natif de Tunisie qui a fréquenté la faculté de Musicologie de Lyon, le Jazz est aujourd’hui plus qu’un choix : une obsession. Ses preuves faites, en maitre de la nuance, il s’est lancé ensuite dans l’exercice délicat de "Jazz’in Chopin". Autre réussite ! Pour le plus grand régal des mélomanes, Forté associe sur son clavier rigueur instrumentale et sens des formes, d’un doigté expert. "L’âme de Chopin n’est pas interprétée, revisitée ou copiée, elle est sublimée au sens exact et relatif de la définition du dictionnaire : distiller les éléments volatils" comme disait Frank Ténot qui nous a quitté le mois dernier. Au moment où parait "Thanks for All", enregistré à New-York avec le percussionniste Mino Cinelu, un album hommage aux grands noms de la musique et tout particulièrement à son ami Michel Petrucciani (rencontré en duo lors de l’enregistrement du premier cd Vaïna), Serge Forté, intarissable créateur d’émotions et pianiste injustement méconnu est à écouter en direct à la Casa di Piano à la fin de la semaine ainsi qu’au forum de la Fnac Lyon Part-Dieu.

ZICLINE

THANKS FOR ALL Serge Forté Ella Productions/Rdc Records/ Codaex Et si tout commençait par la fin, dans ce duo à deux pianos avec Michel Petrucciani. Dernier morceau du CD, un titre enjoué, plein de fougue et de bonne humeur, qui se conclut par le rire et la voix du pianiste disparu qui conseille et encourage Serge Forté : " Mais ça va, j’crois que c’est bien, tu verras ! " C’était en 1990, sur le premier enregistrement de Serge Forté. Pour sûr que c’est bien, et même très bien. Ce dernier disque de Serge Forté a été enregistré en 1997 à New York et on sent le pianiste impatient de jouer sa musique. On entre d’enblée dans le vif du sujet avec un Funky Oscar (dédié à Oscar Peterson) à un train d’enfer. Le musicien français est habilement. épaulé par le méconnu Jean Wellers, excellent à la contrebasse et à la basse électrique, Daren Beckett, batteur discret et le prolifique Mino Cinelu aux percussions (tout de même). On se passionne tout au long du disque, passant de rythmes soutenus, Funky Oscar, Canadian market place, Mambo blues à des ballades attachantes, Biscaros, Etude n°1. Tout paraît simple, à la fois jovial et sérieux ; on appréciera aussi le travail d’arrangement sur Caravan et Take the "A" train de Duke Ellington. Ce disque est une très bonne surprise, et Serge Forté continue après Jazz’in Chopin et La vie en bleu à semer des petits moments de bonheur en musique. Voilà de quoi nous réjouir.

A Nous Paris

2 février 2004 EMOTION ET SWING Serge Forté

Enfin un pianiste excitant. Serge Forté est né le 1er mai 1960 à Tunis, d’une famille italienne qui a émigré très tôt en France, dans le Sude,(Grenoble puis Lyon). Il étudie le piano classique, mais découvre les grands maitres du Jazz comme Oscar Peterson, Keith Jarrett ou Thelonious Monk. Sa rencontre avec Michel Petrucianni sera déterminante. Il jouera même souvent avec lui au début des années 90. Ces riches influences auraient pu plomber l’artiste, mais il n’en est rien, surtout quand on écoute son nouvel album « Thanks for All » enregistré à New-York en 48 heures ! Forté a eu la bonne idée des recruter la star des percussionnistes Mino Cinelu, ancien musicien de Miles Davis, qui apporte à la musique un éclat légèrement tropical. Son rythme brasille derrière le jeu, fluide et léger, de Forté. C’est ce qu’on aime : la douceur du toucher, un doigté varié entre grave et aigu, des changements de rythme sur la très sauvage reprise du Caravan de Duke Ellington, une grâce latine puisée certainement dans les origines transalpines du pianiste. Même s’il tend lui aussi à vouloir effacer la frontière entre jazz et classique (on citera son disque « Jazz’in Chopin », en 2003), Serge Forté reste du bon côté de la barrière, laissant parler le swing et l’émotion (qualités dont le Jazz contemporain, très technique, est dépourvu). Pour les trois soirées de lancement au Sunside, Mino Cinelu accompagne le trio de Forté. Du très bon Jazz en perspective ! Vincent Jundt

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